Maladies cardiovasculaires, et si le mal venait de vos dents ?

Maladies cardiovasculaires, et si le mal venait de vos dents ?

Vous connaissez l’adage : qui veut aller loin ménage sa monture ?

Eh bien, l’adage du jour serait plutôt : qui veut aller loin ménage sa denture.

Une flore oubliée

Lorsqu’on parle de flore ou de microbiote, on pense d’abord à la colonie de bactéries qui vivent dans nos intestins.

La flore buccale, quant à elle, est moins connue, pourtant, son impact sur la santé est tout aussi important.

Chaque millilitre de salive contient environ 100 millions de bactéries et ce chiffre ne tient pas compte de celles qui sont présentes dans la plaque dentaire, sur la langue, les joues, le palais, la gorge et les amygdales !

La composition de cette communauté bactérienne est propre à chaque individu et dépend de plusieurs facteurs comme l’âge, le lieu de résidence, l’alimentation et… l’hygiène dentaire.

A l’instar de ce qui se passe dans nos intestins, une flore buccale équilibrée est bénéfique.

Elle limite les phénomènes inflammatoires et maintient le pH de la bouche par exemple.

En revanche, lorsque cette flore commence à être déstabilisée et que des bactéries pathogènes prennent le dessus, c’est le début des ennuis ; les caries et les maladies parodontales entrent en scène.

Les répercussions sur la santé associées aux maladies parodontales sont prises au sérieux par les communautés scientifique et médicale car elles peuvent mener, à terme, aux maladies cardiovasculaires, au diabète, à certains cancers et aux maladies dégénératives.

Identifier les bactéries responsables et comprendre leurs mécanismes d’action est donc un enjeu majeur.

Une bactérie peu recommandable

Dans ce cadre, une étude récente vient d’identifier une bactérie qui serait responsable des maladies cardiovasculaires1.

Il s’agit de la bactérie Fusobacterium nucleatum.

Cette dernière est très présente de façon naturelle dans la plaque dentaire et possède des propriétés pro inflammatoires.

Elle était déjà fortement suspectée de provoquer des tumeurs colorectales ou des appendicites aiguës avant de refaire parler d’elle, cette fois, pour ses effets sur les vaisseaux du cœur.

En effet, cette bactérie migrerait de la bouche vers la circulation sanguine et s’attaquerait alors au système cardiovasculaire.

Comment l’équipe de chercheurs en est-elle venue à tirer de telles conclusions ?

Flavia Hodel et ses collègues ont suivi, sur une période de 12 ans, 3459 personnes ayant participé à l’étude CoLaus, une cohorte représentative de la population lausannoise (Suisse).

Parmi cette cohorte, environ 6 % des sujets ont eu une crise cardiaque ou un autre événement cardiovasculaire grave au cours de la période de suivi.

Des échantillons de sang ont été analysés afin d’y détecter la présence d’anticorps contre quinze virus, six bactéries et un parasite.

En tenant compte des facteurs de risque cardiovasculaire connus, les scientifiques ont découvert que les anticorps contre Fusobacterium nucleatum retrouvés chez les personnes qui avaient subi un accident cardiovasculaire étaient liés à ce phénomène.

Mais le lien entre maladies cardiovasculaires et maux de bouche n’est pas nouveau.

Les premiers soupçons proviennent d’une étude parue en 19892.

Depuis, de nombreuses études sont venues confirmer cette corrélation et ont montré que la présence de problèmes de santé buccale, la parodontite en particulier, favorise la survenue d’infarctus et d’AVC.

L’étude de Flavia Hodel et de son équipe de chercheurs a, quant à elle, identifié clairement l’une des bactéries responsables.

Ne laissez pas tomber vos dents

Une carie non soignée ou des gencives en mauvais état sont de véritables portes d’entrées pour les bactéries ou les toxines.

Une mauvaise haleine chronique, des saignements lors du brossage ou des douleurs lors de la mastication sont des symptômes de la parodontite.

Lorsque la parodontite chronique s’installe, les gencives se rétractent, laissant la porte ouverte aux bactéries pathogènes qui vont agresser les ligaments et l’os alvéolaire (partie de l’os des mâchoires supérieure et inférieure où les dents prennent racine).

A terme, c’est la chute des dents (déchaussement) qui survient, mais aussi un risque beaucoup plus élevé de développer les maladies dont je vous ai parlé précédemment.

Outre la migration des bactéries dans le sang, l’inflammation chronique ne doit pas être négligée dans le cas de maladies liées aux dents.

L’inflammation joue un rôle majeur à la fois dans les infections orales, comme les parodontites, et les maladies cardiovasculaires.

Viennent ensuite s’ajouter, l’alimentation, certaines maladies métaboliques comme l’obésité, le diabète de type 2, le stress ou encore le tabagisme.

Les gestes qui sauvent vos dents et vos gencives

Vous l’aurez compris, avoir une hygiène dentaire parfaite est indispensable.

Cela signifie au moins deux brossages par jour et une visite de contrôle annuelle (voire tous les six mois) chez votre dentiste

En complément, vous pouvez agir sur différents facteurs :

  1. Prenez soin de votre flore buccale

Il existe des produits destinés à son entretien.

Pour cela, vous pouvez faire usage de probiotiques comme vous le feriez pour votre flore intestinale.

La bactérie Lactobacillus reuteri Prodentis, qui a fait l’objet d’études, se révèle indispensable pour limiter la prolifération de ses consœurs pathogènes3.

Elle agit ni plus ni moins comme un probiotique.

On peut facilement se procurer en pharmacie ou sur internet des gommes ou des pastilles à sucer qui contiennent cette bactérie bénéfique.

Le laboratoire Pileje propose aussi le même genre de produit avec Lactibiane Buccodental, qui contient une autre souche (Lactobacillus paracasei) bénéfique à la flore buccale.

Quant au laboratoire Noobiotik, il propose des gélules de probiotiques à prendre par voie orale (https://www.noobiotik.com/products/flore-orale).

Côté dentifrice, je suis moi-même un adepte de la marque Zendium, qui a conçu un dentifrice qui contient les mêmes enzymes et les mêmes protéines naturelles que l’on retrouve dans une bouche en bonne santé.

La composition de ce dentifrice stimulerait la production de bonnes bactéries et réduirait, par conséquent, les mauvaises.

  1. L’huile de coco, une alliée incontournable

Elle est riche en nombreux principes actifs, notamment en acide laurique, qui possède des propriétés antibactériennes.

Elle permettrait donc de diminuer l’accumulation de la plaque en réduisant la prolifération des mauvaises bactéries de la bouche5.

L’huile de coco réduirait également l’acidité de la bouche et aurait la capacité de capter les bactéries qui se trouvent entre les dents.

Autre avantage : elle est totalement naturelle et ne déstabilise pas la flore buccale comme pourrait le faire un bain de bouche antiseptique traditionnel.

Mettez un peu d’huile de coco, de préférence sous sa forme solide, sur votre brosse à dents, effectuez ensuite un brossage doux en insistant sur les gencives et la langue, avant de vous brosser les dents avec votre dentifrice habituel.

  1. Traitez l’inflammation

Si vous souffrez de parodontite, vous pouvez prendre des anti-inflammatoires naturels sous la forme d’une cure de deux mois renouvelable après un mois de pause.

Vous avez à votre disposition :

  • Le Cassis (Ribes Nigrum) : 100 gouttes de teinture mère une à deux fois par jour, ou bien 20 gouttes de macérat de bourgeons par jour.

Attention : les personnes souffrant d’insuffisance cardiaque ou rénale doivent consulter leur médecin avant de prendre des produits de phytothérapie contenant des feuilles ou des baies de cassis.

L’Agence européenne du médicament déconseille également l’utilisation thérapeutique des feuilles et des baies de cassis pendant la grossesse et pendant l’allaitement.

  • Les oméga-3 : la posologie idéale pour obtenir des résultats est de 2000 mg/jour à prendre sous forme de gélules.
  • Le curcuma : comptez 300 à 600 mg de curcuminoïdes par jour.

Êtes-vous particulièrement attentifs à l’état de vos dents et de vos gencives ?

Saviez-vous qu’un manque de soin pouvait entraîner de graves problèmes de santé ?

Naturellement vôtre.

Stéphane Morales pour Eric Müller

Sources:

[1] Hodel F, et al. Associations of genetic and infectious risk factors with coronary heart disease. Elife. 2023
[2] Mattila KJ, et al. Association between dental health and acute myocardial infarction. BMJ. 1989
[3] Vicario M, et al. Clinical changes in periodontal subjects with the probiotic Lactobacillus reuteri Prodentis: a preliminary randomized clinical trial. Acta Odontol Scand. 2013
[4] https://www.zendium.fr/
[5] Ripari F, et al. The Role of Coconut Oil in Treating Patients Affected by Plaque-Induced Gingivitis: A Pilot Study. Eur J Dent. 2020

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YSIS
10 mois il y a

Super intéressant ,pas de pub ni de produits qu on essaie de nous vendre,mais bien des références qui peuvent soigner, 👏 🤗🤩