Le Nutri-Score fait-il vraiment sa révolution ?

Le Nutri-Score fait-il vraiment sa révolution ?

Le Nutri-Score a été développé il y a 7 ans, par des équipes de recherche indépendantes de l’industrie alimentaire et composées de scientifiques, médecins et nutritionnistes.
Cette année, la méthode d’attribution des notes va changer.

La mise en œuvre d’un nouvel algorithme devrait prendre en compte de nouveaux paramètres pour estimer la qualité nutritionnelle des aliments.
Révolution ou simple effet d’annonce ?

Les incohérences du Nutri-Score

Pour rappel, le Nutri-Score se présente sous la forme d’un code couleur allant du vert foncé (pour les meilleurs produits) au orange foncé (pour les plus mauvais) complété par des lettres allant de A à E.

Ce classement est censé permettre aux consommateurs d’évaluer rapidement quel aliment est bénéfique ou non pour leur santé d’un point de vue nutritionnel.

En ayant ainsi un aperçu de la teneur en sucre, en graisses, en sel, ou en calories d’un produit, il est alors plus facile de faire le tri et d’acheter en toute conscience.

Si l’idée peut paraître bonne, elle reste simpliste.

La nutrition ne se résume pas à la quantité de graisses ou de sucre que l’on peut trouver dans un aliment.

C’est avant tout une question d’équilibre, propre à chacun, et qui repose principalement sur la diversité de notre alimentation.

Manger de temps à autre un produit noté D ou E n’aura aucune incidence sur votre santé si l’essentiel de votre alimentation est basée sur le régime méditerranéen (par exemple)..

Ensuite, il faut avouer que le système mis en place présente quelques incohérences qui peuvent prêter à sourire.

Cela provient essentiellement du fait que le Nutri-Score ne tient absolument pas compte du degré de transformation des aliments, ni de la présence d’additifs ou de polluants éventuels (pesticides entre autres).

Pourtant, les scientifiques sont d’accord pour dire que la seule évaluation nutritionnelle ne doit pas suffire pour juger un aliment industriel1.

Leur conclusion est la suivante : « Le risque accru de mortalité n’est pas directement dû à la mauvaise qualité nutritionnelle (présence de matière grasse, de sucre ou de sel, ndlr) de certains produits, mais plutôt au fait que ces aliments sont majoritairement ultra-transformés. »

Sont aussi à prendre en compte le recours à des procédés tels que l’extrusion ou le prétraitement par friture, l’intégration de nombreux additifs ou encore le raffinage des céréales et des féculents, qui transforme des sucres lents en sucres rapides.

Malheureusement, le Nutri-Score laisse totalement de côté ces informations, qui sont capitales pour la santé..

J’en veux pour preuve certaines céréales du matin notées A ou B, alors qu’elles sont bourrées de sucre et ne présentent aucun intérêt nutritionnel du fait de leur procédé de fabrication.

Mais comme l’algorithme considère qu’elles sont riches en fibres et contiennent peu de graisses saturées, il les classe d’emblée dans la catégorie des « bons aliments ».

Et le malus apporté par la grande quantité de sucre n’est pas suffisamment pénalisant pour faire chuter le score…

Avec ce système de notation qui met de côté des facteurs importants en matière de nutrition, on se retrouve avec un nombre impressionnant de produits bien notés alors qu’ils ne le méritent pas, du moins selon moi.

Vous pouvez avoir une Mozzarella bio très mal notée (ce qui fait hurler les Italiens) et un produit industriel bourré de pesticides qui bénéficiera d’un A.

Cherchez l’erreur…

Mais peut-être plus pour longtemps !?

Le Nutri-Score 2.0

Il faut mettre au crédit du Nutri-Score quelques changements à venir dans les prochains mois :

  • Les produits riches en sel ou en sucre seront plus sévèrement notés.

Les céréales du petit-déjeuner en particulier, vont dégringoler en C voire D ou E, tout comme les noix et graines, sucrées ou salées.

  • La teneur en sel sera davantage prise en considération.

Ainsi, les fruits à coque salés sont plus sévèrement notés (C ou D) que les fruits à coque nature (A ou B).

  • Les produits contenant des céréales complètes (pains, pâtes, riz…), seront mieux notés que ceux à base de farines ou de céréales raffinées.
  • La viande rouge sera moins bien classée que la volaille et les poissons, en raison des risques accrus de cancers et de maladies cardiovasculaires.
  • Certains plats cuisinés vont passer des classes A/B aux classes B/C, voire D (c’est le cas des pizzas par exemple).
  • Les huiles les plus bénéfiques pour la santé (olive, noix, colza, lin) seront favorisées (score B), par rapport aux autres huiles comme celles de tournesol (C), d’arachide, maïs, soja (D), ou de coco (E).

Il y a encore du boulot !

Même si les quelques changements à venir sont louables, il n’en reste pas moins que le Nutri-Score reste largement perfectible pour informer les consommateurs de manière plus juste.

Selon moi, il faudrait tenir compte de plusieurs éléments aujourd’hui absents :

1. La provenance des matières premières.

Certes les preuves scientifiques me manquent mais je crois qu’une sauce tomate confectionnée avec des tomates bio, qui poussent en pleine terre, sera toujours plus profitable à la santé que celle réalisée avec des tomates cultivées hors sol dans de grandes exploitations intensives.

De même, un jambon de qualité réalisé dans les règles de l’art méritera toujours une meilleure note qu’un jambon gorgé d’eau et rempli de nitrites et de phosphates.

2. La quantité d’additifs et de substances toxiques.

D’après l’OMS, l’alimentation est la principale source d’exposition aux pesticides2.

En 2013, l’Autorité européenne de sécurité des aliments a étudié 287 pesticides toujours en vente sur le marché3.

Autre exemple, plus de 23.000 produits alimentaires contiennent des édulcorants.

Une étude publiée dans The British Medical Journal4 démontre que la consommation d’édulcorants est associée à une augmentation du risque global de maladies cardiovasculaires et cérébrovasculaires.

Sans oublier que certains d’entre eux sont fortement suspectés de favoriser le cancer.

Je passe sur les multiples additifs (colorants, conservateurs, émulsifiants, exhausteurs de goût, antibiotiques, etc.), qui sont suspectés d’être des perturbateurs endocriniens ou d’être nocifs pour la santé en général.

La liste serait trop longue…

3. Le degré de transformation des aliments.

Plus un produit est transformé et moins il est intéressant d’un point de vue nutritionnel.

Tout ce qui fait sa valeur, ses vitamines, ses minéraux, ses oligo-éléments, sont réduits dans le processus de transformation.

On va, par exemple, trouver des produits végans avec de très bons scores parce qu’ils sont composés de végétaux alors qu’ils sont ultra-transformés.

C’est une hérésie.

4. Tenir compte de l’indice glycémique.

Ce n’est pas tant la quantité de sucre qui compte dans un aliment mais le type de sucre.

Le danger des sucres rapides est qu’ils provoquent des pics de glycémie.

Lorsqu’ils se produisent à répétition, ces derniers provoquent une sécrétion d’insuline importante qui fatigue le pancréas.

Avec le temps, c’est s’exposer au diabète mais aussi à des troubles aussi variés que l’acné, la prise de poids, la fatigue chronique, la dépression ou encore les maladies cardiovasculaires5.

Les aliments avec un indice glycémique faible sont donc toujours à privilégier.

Les nouveaux critères de notation du Nutri-Score sont incontestablement meilleurs, mais devront encore aller plus loin à l’avenir.

La nutrition est un art complexe, toute la difficulté est là.

Prêtez-vous attention au Nutri-Score lors de vos achats ?

Que pensez-vous des améliorations prévues pour cette fin d’année ?

Naturellement vôtre,

Stéphane Morales pour Eric Müller

Sources:

[1] Marialaura Bonaccio et al. Joint association of food nutritional profile by Nutri-Score front-of-pack label and ultra-processed food intake with mortality: Moli-sani prospective cohort study, 2022
[2] https://sante.gouv.fr/sante-et-environnement/risques-microbiologiques-physiques-et-chimiques/pesticides/article/sources-d-exposition-aux-pesticides
[3] EFSA, « Scientific opinion on the identification of pesticides to be included in cumulative assessment groups on the basis of their toxicological profile1 », EFSA Journal, 2013, 11 (7) : 3293
[4] Touvier M. et al. Artificial sweeteners and risk of cardiovascular diseases: results from the prospective NutriNet-Santé cohort. BMJ 2022
[5] Zhou Z, et al. Glycemic variability: adverse clinical outcomes and how to improve it? Cardiovasc Diabetol. 2020
[a]ajouter 1 ou 2 visuels de notes différentes
[b]Ajouter en dessous : une petite liste qui fait peur pour rappeler les processus techniques aux noms barbares pour élaborer ces céréales du matin
[c]Après vérification, ces noms ne sont pas si barbares que ça. Les documents que j’ai trouvés parlent de malaxage, de cuisson, de séchage, de refroidissement, de roulage, de séchage, d’emballage…

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Joseph
6 mois il y a

ben s’il mette l’huile de coco en E leur bidule n’est toujours pas à se fier

PRAIA
6 mois il y a

Nous ne nous basons pas seulement aux nutriscores..car effectivement quand on lit les ingrédients qui composent l article…on est surpris 😲 de leurs compositions élevés soit en sucre ou sel..etc…..même en nutriscore A ou B..🤦‍♀️…le mieux et de cuisiner au maximum soi même…en privilégiant le bio…ou directement chez le producteur…👌❣

Dunand jean pierre
6 mois il y a

Et dire qu’ils ont mis 7 ans pour s’apercevoir que leur trouvaille était une fumisterie indéfendable , la nutrition devrait s’apprendre à l’école , vous allez dans un supermarché et vous regardez les chariots et surtout ceux qui les poussent . quelques fois un poireau crie au secours sous 3 étages de produits transformés , ces personnes ont acheté pour 200 euros de m….. , donc aprés c’est allo maman bobo ! ,donc il faut augmenter le nombre de médecins donc d’hôpitaux et donc mettre la sécu dans le rouge foncé , en fait c’est tout un écosystème qui tourne en boucle et qui fait vivre de nombreuses personnes , il faut donc rompre la boucle , donc manger sainement ou retrouver un petit virus friand de « commorbidités » pour faire de la place !!
Je déconne mais à 80 ans ce bas monde m’indiffère!! et m’exaspère.
Que sommes nous devenus ?????

Ansquer
6 mois il y a

Le nutri-score, élaboré par des naïfs,a été bien manipulé par les industriels pour favoriser leur produits ultra-transformés.
Avec la nouvelle version, pas d’illusions, les mauvais produits auront encore un bon score.
Nous sommes sur de mauvaises bases.
Il faudrait commencer par interdire les additifs et les procédés de transformation.
Interdire aussi les matières premières OGM ou contenant des pesticides quelle que soit la quantité.

Milena
6 mois il y a

J’ai toujours trouver les nutriscores totalement absurde voir dangereux pour des personnes qui ne sont pas bien informées et qui ne réfléchissent pas par elles mêmes (et ce n’est pas ce qui manque par les temps qui courent…). Ainsi, comme dit dans l’article, ces personnes vont se fier aveuglement à ce score et manger des pizzas, du poisson pané, des chips ou des biscuits noté A ou B en pensant que ces produits sont bon pour la santé et dans quelques années ne comprendront pas pourquoi elles développent du diabète, un cancer, un surpoids ou des maladies cardio vasculaire.
Je pense que le vrai problème est que le monde dans lequel nous vivons nous a peu à peu habitué à ne plus réfléchir, je ne pense pas que nos grands parents aient eu besoin d’un score pour savoir quels aliments sont bon pour la santé.

Christian Petit
6 mois il y a

Les frites en a une aberratio n.il faut tout changer.tenir compte de transformation. Les sucres le sel.du voyage.privilegier circuit Court.pesticides.fongicides.etc.pizza en a.tout est faux.tenir compte des diabetiques.etc..chevre industriel genre chavroux bien note.chevre artisanal Mal note aberration. Revoir sa copie urgent.