Alzheimer : à 82 ans il retrouve la mémoire grâce aux excréments de sa femme

Chère lectrice, 

Cher lecteur,

C’est une histoire incroyable, mais qui s’avère authentique. Un homme de 82 ans atteint d’Alzheimer a retrouvé la mémoire grâce à une intervention peu commune : la transplantation fécale [1]

Ce n’est pas une blague, mais bien une opération très sérieuse qui consiste à transférer des excréments « sains » dans les intestins d’une personne malade pour reconstituer la biodiversité de son microbiote intestinal. Les résultats ont d’ailleurs été publiés dans la très sérieuse revue médicale Journal Of International Medical Research.  

Même si elle reste peu connue, la transplantation fécale est une procédure utilisée dans de nombreux grands hôpitaux qui proposent différentes méthodes pour y parvenir : [2]

  • Par sonde insérée dans le nez jusqu’à l’intestin.
  • Par coloscopie : la sonde est introduite au niveau de l’anus.
  • Par lavements.

Ce cadeau impensable qui lui sauva la vie

Cet homme de 82 ans a eu en quelque sorte de la chance. Hospitalisé pour un problème d’intestin, son traitement s’est avéré aussi efficace contre Alzheimer [1]

Effectivement à ce moment-là, ce n’est pas sa maladie neurodégénérative que les médecins cherchent à soigner, mais une infection bactérienne à Clostridium difficile (ICD). Il s’agit d’un trouble du microbiote intestinal qui entraîne une détresse et des douleurs importantes, comprenant une diarrhée, la déshydratation, de la fièvre et la perte d’appétit. Dans les cas les plus graves, l’infection à C. difficile peut même entraîner la mort.

Alors face à l’inefficacité des traitements antibiotiques, les médecins suggèrent au patient de tenter une transplantation fécale. Une proposition inattendue qui en aurait rebuté plus d’un. Mais pas sa femme de 85 ans prête à tout pour sauver son mari. 

Elle a donc accepté de lui faire un cadeau inestimable et qu’elle n’aurait jamais pensé lui offrir : ses excréments. Étant saine, sans symptôme de déficience cognitive, elle était la candidate idéale pour partager son microbiote intestinal.

Et les résultats obtenus furent au-delà de leur espérance !

Alzheimer : de “bons excréments”
comme médicaments ?

Après une seule perfusion de 300 ml, non seulement le patient ne souffrait plus de son infection bactérienne, mais en plus son acuité mentale s’est améliorée [1]

Deux mois plus tard, son épouse a notamment remarqué que son mari était davantage réactif et arrivait à mieux interagir avec son entourage.

Au bout de 4 mois, le patient présentait une amélioration de son Mini Mental Status Examination (MMSE). D’un score de 20, il est passé à 26. Cette évaluation cognitive globale est utilisée pour dépister rapidement les déficits cognitifs. Plus le nombre est bas, plus le déficit est important. 30 étant le maximum qu’une personne puisse obtenir. Ici, ce qui est incroyable c’est que son neurologue a pu constater une nette amélioration. L’homme de 82 ans était à nouveau capable de se souvenir de l’anniversaire de sa fille ou de corriger son médecin sur certains détails de ses symptômes [3]

Six mois après la transplantation fécale, le patient a signalé une amélioration de son humeur. L’homme de 82 se sentait plus réactif et affirmait être davantage connecté à la réalité. Cette réactivité et présence d’esprit ont été confirmées par le dernier score de MME qui est passé à 29. Il ne s’agit donc pas d’un ralentissement, mais bien d’une inversion de la maladie d’Alzheimer !

Quand vos intestins détruisent votre cerveau

Cela fait plusieurs années que la communauté scientifique s’intéresse aux bactéries intestinales dans l’évolution de la maladie d’Alzheimer. Le cas de ce patient de 82 ans n’en est qu’un parmi tant d’autres. Depuis 2018, plus de 749 études ont été réalisées pour évaluer les effets d’une transplantation fécale sur l’évolution de maladies graves comme le syndrome du côlon irritable, le diabète, les troubles neurodégénératifs ou encore cardiovasculaires [4-5-6 -7]

Une étude récente de 2020, vient d’ailleurs de démontrer que se sont bien nos intestins qui attaquent notre cerveau [5]

Pour arriver à de telles conclusions, les scientifiques ont suivi 89 patients âgés de 65 à 85 ans dont certains étaient atteints de la maladie d’Alzheimer. Ils se sont rendu compte que des bactéries du microbiote intestinal intervenaient directement dans la quantité de plaques amyloïdes présentes dans le cerveau. Ces plaques sont considérées comme les substances à l’origine du trouble neurodégénératif caractéristique de cette maladie.

Cela paraît un peu fou, mais en réalité c’est assez logique. Les intestins interviennent à bien des niveaux de votre organisme. Ils peuvent très facilement échanger des données notamment via le système sanguin qui va transporter certaines protéines des bactéries jusqu’à l’encéphale. C’est cet échange qui modifie l’interaction entre le système immunitaire et le système nerveux, déclenchant alors la maladie. Selon les chercheurs, ce phénomène inflammatoire agirait comme « un médiateur » entre vos intestins et votre cerveau.

Cette découverte permet ainsi de considérer l’élaboration d’un traitement préventif à base d’un « cocktail bactérien » spécifique ou de prébiotiques (pour nourrir les bonnes bactéries). À condition de bien identifier la composition précise à administrer aux patients souffrant d’Alzheimer. Les chercheurs précisent cependant, que cet effet neuroprotecteur ne pourrait être efficace qu’à un stade très précoce de la maladie.

Bien à vous,

Eric Müller





Consulter les sources :

Sources :  

    1. Rapid improvement in Alzheimer’s disease symptoms following fecal microbiota transplantation: a case report, Journal Of International Medical Research.  
    2. Transplantation fécale, Association Française de Formation Médicale continue en hépato-gastro-entérologie
    3. Le Mini-Mental State Examination (MMSE) : un outil pratique pour l’évaluation de l’état cognitifs des patients par le clinicien, CHU Jussieu.fr
    4. Kang, DW, Adams, JB, Coleman, DM, et al. Long-term benefit of microbiota transfer therapy on autism symptoms and gut microbiota. Sci Rep 2019; 9: 5821. DOI: 10.1038/s41598-019-42183-0.
    5. Minato, T, Maeda, T, Fujisawa, Y, et al. Progression of Parkinson’s disease is associated with gut dysbiosis: two-year follow-up study. PLoS One 2017; 12: e0187307. DOI: 10.1371/journal.pone.0187307.
    6. Umeton, R, Eleftheriou, E, Nedelcu, S, et al. The gut microbiome in relapsing multiple sclerosis patients compared to controls. (P2.355). Neurology 2018; 90: P2.355.
    7. Vogt, NM, Kerby, RL, Dill-McFarland, KA, et al. Gut microbiome alterations in Alzheimer’s disease. Sci Rep 2017; 7: 13537. DOI: 10.1038/s41598-017-13601-y.
    8. Short-Chain Fatty Acids and Lipopolysaccharide as Mediators Between Gut Dysbiosis and Amyloid Pathology in Alzheimer’s Disease, Journal of Alzheimer’s Disease 

Crédits : VectorMine – Shutterstock.com


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Catherine
8 mois il y a

La greffe fécale est pratiquée à l’IHU Méditerranée.comment image
Voici le programme de ces soirées scientifiques:
Soirées scientifiques organisées par l’Institut Hospitalo-Universitaire Méditerranée Infection qui visent à diffuser
les actualités diagnostiques et thérapeutiques ainsi que les avancées récentes de la recherche en maladies infectieuses
et en microbiologie dans les domaines d’expertises de l’institut.
Microbiote et malnutrition / Matthieu Million
Microbiote et Clotstridium difficile: de la greffe fécale au traitement probiotique / Sophie Amrane
Microbiote et VIH-Dr. Gregory Dubourg
Microbiote RCH et Greffe fécale / Dr. Melanie Serrero, Pr. Jean-Charles Grimaud
Microbiote et traitement immunomodulateurs du cancer / Dr. Maryam Tidjani Alou
Greffe et décolonisation des Bactéries hautement résistantes émergentes (BHRe) / Pr. Jean Christophe LAGIER
Quant à savoir si Alzheimer est pris en compte, il faudrait leur poser la question.
Mais il est utile de savoir que cette thérapie est entrée dans nos  » moeurs » en France.