Les dangers de l’huile de coco : réponses à vos questions

J’ai reçu beaucoup de réactions de votre part suite à ma lettre « Alerte : cette huile santé n’en est pas une ». Et je vous remercie d’avoir pris le temps de me contacter ! Beaucoup d’entre vous m’ont fait part de leur confusion ne comprenant pas pourquoi j’incriminais cette huile dont les vertus ne sont plus à vanter…

Au vu de vos nombreux témoignages, je tenais à vous donner davantage d’explications. Et je dois reconnaître que le sujet est compliqué, mais j’espère qu’à la fin de cette lettre, vous aurez les idées plus claires sur cette huile venue des tropiques.

Est-il vraiment dangereux
de consommer de l’huile de coco ?

La vraie bonne question est “pour qui est vraiment bénéfique l’huile de coco ?” Effectivement, il existe des populations qui consomment principalement de l’huile de coco et ne présentent aucun problème de santé. C’est le cas des Tokelauans, qui vivent dans le sud du Pacifique et des Kitaviens qui résident en Mélanésie [1] [2]. Leurs apports en calories se font jusqu’à 56% sous forme de graisses, dont 90% d’huile de coco.

Et malgré ce régime particulier, leur taux sanguin de lipides est modéré et ces peuples présentent rarement des problèmes cardiaques. Ainsi, vous retrouvez partout ces arguments marketing qui mettent en avant les preuves épidémiologiques de populations consommant des quantités substantielles de noix de coco sans effets négatifs sur le système cardiovasculaire.

Mais pouvons-nous attribuer ces données uniquement à la consommation d’huile de coco ?

En réalité, les populations indigènes consommaient soit de la chair de noix de coco, soit de la crème de noix de coco pressée [3]. Les études démontrent qu’ils suivaient un régime traditionnel sans ou très peu d’aliments transformés. Les chercheurs ont d’ailleurs constaté que parmi ces peuples, ceux qui se sont tournés vers un régime alimentaire occidental (avec restauration rapide et aliments transformés), ont vu augmenter l’obésité et ses corollaires vers une mauvaise santé [4]. Ils continuaient pourtant de consommer leur noix de coco.

Les scientifiques ont ainsi émis l’hypothèse que les taux de mortalité plus faibles observés dans les populations consommant de la noix de coco sont dus à l’équilibre de leur régime alimentaire. Autrement dit : à l’ensemble des aliments qui le constituent et non uniquement à la consommation de coco.

Qu’en est-il alors du régime cétogène ?

Vous avez été nombreux à me signaler que la diète cétogène n’a de cesse de proclamer ses bienfaits. Effectivement, ce programme alimentaire recommande d’éviter presque totalement les glucides et de les remplacer par de grandes quantités de graisses dont celles issues de l’huile de coco. Avec ce type de régime, le corps va ainsi changer son métabolisme, qui va à présent se nourrir principalement d’acides gras au lieu de glucose [5]. Cette nouvelle production dite cétonique fournit jusqu’à 70 % des besoins énergétiques cérébraux. Soit une source d’énergie plus efficace que le glucose [6].

Mais attention : pour tirer des bienfaits de ce régime, il faut changer toute votre façon de vous alimenter.

Ce changement fondamental est important car il va induire de nombreux effets métaboliques secondaires. D’après un article de 2014 du Dr Newport, la diète cétogène n’est donc pas un régime prolongé à suivre à la légère.

Une étude de revue épidémiologique de 2020 corrobore cette information. Elle a analysé le régime méditerranéen et cétogénique pour retarder l’évolution des processus dégénératifs[7]. Leur rapport conclut que le régime cétogène ne peut se recommander que dans des cas spécifiques et pour une durée limitée.

Actuellement, les scientifiques ne disposent pas de données suffisantes (en particulier chez les personnes âgées) et n’ont donc pas le recul nécessaire pour analyser tous les effets secondaires. Si vous souhaitez suivre une diète cétogène, je vous conseille de bien prendre en compte le facteur risque/bénéfice.  

Ce remède à la noix pour lutter contre Alzheimer

L’huile de coco est souvent citée comme aliment miraculeux pour lutter contre Alzheimer. Cette surmédiatisation lui vient principalement de l’histoire d’un couple Américain. Plus précisément du Dr Mary Newport qui a cherché une solution pour aider son mari, Steeve, atteint par cette maladie neurodégénérative. Après plusieurs lectures scientifiques, Mary part de l’hypothèse que pour aider les cellules en manque de glucose, les acides gras à chaîne moyenne pourraient former un combustible de substitution. Elle met donc sa théorie en pratique et introduit l’huile de coco au régime alimentaire de son époux. D’après ses observations, elle affirme obtenir rapidement de bons résultats sur sa mémoire. Convaincue d’avoir trouvé l’aliment « miracle », elle écrit un livre sur son histoire : Maladie d’Alzheimer, et s’il existait un traitement ?

Encore une fois, nous ne pouvons pas tirer de conclusions hâtives. À ce jour, il n’existe aucune preuve solide de l’utilisation de l’huile de coco pour réduire de manière significative l’incidence de la maladie d’Alzheimer ou d’autres maladies neurodégénératives [8]. Selon le Dr Maï Panchal, Directrice de la Fondation Vaincre Alzheimer, nous manquons d’un essai clinique, qui apporterait une preuve formelle. L’huile de coco peut en effet sous un contrôle médical apporter une aide, mais elle ne peut constituer un traitement à elle seule. De plus, elle conclut en préconisant de l’utiliser dans le cadre d’une alimentation variée et équilibrée en alternance avec d’autres huiles (olive, colza…).

Ce qui est certain, c’est que le choix d’une alimentation saine peut limiter les facteurs de risque de détérioration cognitive et donc réduire les probabilités de développer une déficience cognitive ou la maladie d’Alzheimer [9]. D’ailleurs, la diète méditerranéenne reste une valeur sûre, facile à adopter avec des effets significatifs sur l’amélioration cognitive [10] [11].  

TMC et huile de coco : l’erreur à ne plus commettre

Je vais probablement vous surprendre, mais ce point est primordial : l’huile de coco n’a pas les bienfaits des triglycérides à chaînes moyennes (TCM).

Sans vous assommer avec des détails techniques, retenez deux choses :

  1. Seuls 4% des triglycérides présents dans l’huile de coco peuvent être considérés comme étant des TCM.
  2. Les autres triglycérides qui constituent le principal acide gras de l’huile de coco ont un poids moléculaire plus élevé. Ils sont donc métabolisés différemment que les TCM. Or c’est justement cette caractéristique de faible densité qui favorise l’action de lipase pancréatique des TCM. Autrement dit, c’est ce qui leur permet d’être plus rapidement absorbés, mais aussi mieux assimilés de manière plus complète par l’organisme que les triglycérides à chaîne longue[12].

Si vous souhaitez augmenter vos apports en TCM, je vous suggère plutôt de vous tourner vers les huiles bios de TCM, qui ont été élaborées en sélectionnant des acides gras spécifiques de l’huile de coco.

“Vérité dans un temps, erreur dans un autre ”

Une dernière chose avant de vous quitter : la science nous apprend tous les jours l’importance de remettre en question ce que nous savons. Si avant je vous aurais certainement conseillé une cure d’huile de coco, je serai aussi le premier à vous alerter sur ses dangers. Je ne cherche pas à vous induire en erreur, mais bien à vous communiquer les dernières découvertes scientifiques. Et force est de constater qu’il arrive qu’un produit « sain » puisse finalement s’avérer dangereux s’il est mal ou trop consommé. Mais pour cela, il faut parfois des années d’études pour s’en apercevoir. Je continuerai donc au mieux de vous communiquer l’information la plus fiable possible. Car ne l’oublions pas, le plus important c’est votre santé et j’ai sincèrement à cœur de vous aider à la préserver.

Bien à vous,

Eric Müller





Consulter les sources :

Sources :

[1] Cholesterol, coconuts, and diet on Polynesian atolls: a natural experiment: the Pukapuka and Tokelau island studies 

[2] Apparent absence of stroke and ischaemic heart disease in a traditional Melanesian island: a clinical study in Kitava

[3] Tanhope, Sampson, Prior, « The Tokelau Island Migrant Study : serum lipid concentration in two environments », J Chronic Dis., 1981.

[4] DiBello, McGarvey, Kraft, et al., « Dietary patterns are associated with metabolic syndrome in adult Samoans », J Nutr., 2009

[5] 3. Wlodarek, « Role of Ketogenic Diets in Neurodegenerative Diseases (Alzheimer’s Disease and Parkinson’s Disease) », Nutrients, 2019.

[6] Talbot, Wang, et al., « Demonstrated brain insulin resistance in Alzheimer’s disease is associated with IGF-1 resistance, IRS-1 dysregulation, and cognitive decline », J Clin Invest., 2012.

[7] Vinciguerra, Graziano, Hagnäs et al., « Influence of the Mediterranean and Ketogenic Diets on Cognitive Status and Decline: A Narrative Review », Nutrients, 2020

[8] George, Dangour, Smith, Ruddick, Vellas, Whitehouse, « The role of nutrients in the prevention and treatment of Alzheimer’s disease », Eur. J. Neurol., 2009.

[9] Vinciguerra, Graziano, Hagnäs et al., « Influence of the Mediterranean and Ketogenic Diets on Cognitive Status and Decline: A Narrative Review », Nutrients, 2020

[10] Petersson, Philippou, « Mediterranean Diet, Cognitive Function, and Dementia », Adv. Nutr., 2016.

[11] Marseglia, Xu, et al., « Effect of the NU-AGE Diet on Cognitive Functioning in Older Adults », Front. Physiol., 2018.

[12] Bach, Babayan, « Medium-chain triglycerides: an update », Am J Clin Nutr., 1982.

Crédits : worradirek-Shutterstock.com

 


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Myrtha Jean Baptiste
4 mois il y a

Salut Éric!
Je vs remercie pr cet article. Je souhaite partager mon expérience personnelle avec huile de coco et ses dérivés.
Globalement, je souffre d’intolérance aux produits laitiers. Le processus de ce deuil a été long et compliqué. Cependant, je suis parvenue avec l’aide de ce produit que j’utilise pr ma peau et pr mes recettes. Ainsi, pr cuisiner je me suis tournée vers le lait et l’huile de coco. Jusqu’à présent ça marche.
A noter que par rapport à mon âge et mon profil, je dois réaliser 1 bilan médical ts les 6 mois. La dernière date de qq jours et tout va pr le mieux. Dieu merci👍

Cathy Ghanem
4 mois il y a

C’est l’huile de Colza qui est dangereuse!
Ainsi que toutes les huiles dites végétales comme l’huile de maïs, tournesol,soya car contrairement à ce qui est dit c’est de leurs graines que est issue leur fabrication et regarder justement leur fabrication!!..
A part l’huile d’olive bien sûr.
L’huile de coco possède des qualités
à nulle autre pareille.
Lisez David Perlmutter, ou Natasha- Cambel Mc Bride spécialiste en Neurologie et Nutrition …

SURY
4 mois il y a

Bonjour,
Comme tout, ne pas abuser des bonnes choses. Cette huile a de remarquables propriétés mais pas pour toutes les constitutions. Elle n’est pas dangereuse, il faut juste savoir comment bien utiliser tout ce que nous consommons, c’est tout. Pas la peine de faire peur…
Cordialement

GUIOL Marie
4 mois il y a

Merci pour les précisions apportées relatives à l’huile de coco. Depuis 2 ans environ je n’utilisais plus que cette huile pour la cuisson de mes aliments. A Noël j’ai fait un « petit infarctus »; pose de stents, etc. Je suis diabétique et je dois faire très attention à ma nourriture. Je me croyais protégée avec l’huile de coco. Suite à votre article, je suis donc revenue à l’huile d’olive. Merci encore pour vos dernières explications très utiles.